INTIMITE

INTIMITE
Cela s'est passé à Levallois en terre « Balkanyque ».Nous étions seuls dans le parc à se cacher comme un couple illégitime. Et lui était détendu et rassurant tandis que moi j'étais plutôt stressée et un peu honteuse de ce qu'on avait envie de faire.
Aprés avoir cherché l'endroit le plus reclus dans ces espaces verts au beau milieu des HLM, nous avons fini par trouver un buisson fourni assez loin des bancs mais assez prés des immeubles et du chemin piéton.
Peu importe, l'excitation l'emportait sur la crainte d'être surpris. Malgré l'inconfort et le feuillage peu fourni de ce buisson, avec LUI dans mes bras je le sentais devenir un cocon sécurisant.

Au début j'avais du mal à me concentrer sur ses baisers, j'étais en alerte permanente, je regardais si quelqu'un nous voyait par les fenêtres de l'immeuble, ou je suspectais les moindres bruits alentour même si concrètement on ne faisait que s'embrasser.
Mais lui, tout tranquille a pris son temps pour que je puisse me détendre et lui faire entièrement confiance, je me laissais peu à peu abandonner dans un silence reposant avec comme simple fond musical le gazouillis des oiseaux.Il posait un regard tendre sur moi, dans une situation aussi sauvage que celle là, lui s'est comporté de façon tellement douce...
De temps en temps il m'adressait un sourire de malice, et il continuait à explorer avec ses mains lesrecoins intimes de mon corps qu'il connaissait pourtant par coeur.

Aprés cette montée de désir, on s'est embrassés pendant une durée qui m'a paru interminable très tendrement, de façon fusionnelle.Ce genre de moments magiques où on ne peut plus décoller la bouche l'une de l'autre et où une irrésistible attirance magnétique vous empêche de rester plus d'une seconde séparés buccalement parlant.De temps en temps , on s'arrêtait.Puis on se regardait.On souriait.Et enfin on se fixait intensément la rétine pour savoir qui allait craquer le premier.L'évidence d'une envie de plus en plus forte qui nous envahissait.
Et puis finalement il a pris les devants, il s'est mis sur moi et j'étais effrayé, pas prête.
Il a pris mon oreille, la leché puis a introduit consencieusement sa langue dedans.Et là, j'ai puisé toute mon energie à me retenir, à mordre son T-shirt de toute mes forces mais je n'ai pu m'empêcher de laisser échapper des petit cris de jouissance.Il m'avait pénetré, mais pas du tout là où je le pensais.C'est fou qu'un endroit pareil soit aussi sensible!
Quand il a posé sa bouche dans mon orifice acoustique j'avais l'impression qu'il aspirait tout ce qu'il y avait en moi, aussi bien mon esprit que mon âme.C'était une lobotomie, un phagocytage.orgasmique, il m'avait vidée de moi-même, j'étais complètement à sa merci et il pouvait faire ce qu'il voulait de moi, s'il en avait seulement conscience.Je l'ai regardée longuement, pétrifiée par ce qu'il venait de se passer: cela faisait longtemps qu'il avait repoussé les limites de mon intimité physique mais jamais il avait franchi la barrière psychique à ce point.
J'avais l'impression de m'être complètement abandonnée à lui, d'avoir eu un honteux sentiment de soumission. J'aurais voulu lui dire que je l'aimais, que non je ne pourrais pas aller voir ailleurs, que jamais un homme ne m'avais fait ressentir quelque chose d'aussi fort et tout ça me faisait peur.Il ne fallait pas retomber dans une passion destructrice, mais garder la complicité et la tendresse qu'il nous restait encore entre ex.
Il ne t'aime pas mets toi ça dans le crâne, il tient juste à toi très fort.
Ses baisers, ses calins et le fait qu'il me prenne par la main auront beau me satisfaire affectivement, il ne me dira plus « je t'aime », et j'aurais l'impression d'être continuellement dans le faux: une relation perdue d'avance.


Alors j'ai fini par rigoler de cette histoire d'oreille érotique, et on a recommencé à parler de tout et de rien comme d'habitude.Il faut repousser les sentiments, éloigner les limites de l'intimité mentale,
même si pour cela il faut que je refuse son attachement dont j'ai pourtant tant besoin.
Je prefères qu'on reste amis, comme ça je pourrais plus le perdre.

# Posté le samedi 06 septembre 2008 17:57

Modifié le vendredi 26 décembre 2008 12:01

Dire aux enfants

Dire aux enfants
"Nous allons dire aux enfants que leur vie va changer, avec des mots trompeurs et lâches, dire qu'ils ne doivent pas être inquiets.
Leurs parents les aiment, c'est ce qui compte, allons nous répéter.
Nous allons nous tenir devant eux et prononcer deux phrases, tout au plus, deux ou trois phrases composées tout spécialement pour l'occasion, un enchaînement de mots qui dira l'amour et la fin de l'amour, l'amour qu'on a pour eux et l'amour qu'on n'a plus pour nous.
Deux phrases qui vont tuer quelque chose en eux, après que soit mort quelque chose en nous.
Nous allons réunir les enfants, ce soir, avons-nous décidé, nous allons nous installer tous les quatre dans le salon, ou autour de la table de la cuisine.
Nous voulions éviter de faire le malheur de nos enfants et pourtant, nous allons confirmer les statistiques. Nous allons tenter de relativiser en nous inscrivant dans le grand mouvement qui sépare les papas des mamans.
Nous allons leur apporter la preuve que l'amour n'est rien, rien de ce qu'on nous avait laissé croire.
Nous allons couper court à leurs illusions, leur transmettre le goût de l'inachevé.
Nous allons apparaître sous un jour nouveau, minables et coupables, approximatifs.
Nous allons encore dire « nous », pour la dernière fois, ensuite nous parlerons comme tous les parents séparés, nous dirons « ton père », nous dirons « ta mère », et surtout nous passerons à la première personne du singulier.
Nous tenterons de ne pas trop trahir notre amputation.
Nous avons décidé de ne plus dire « nous », c'est une contrainte nouvelle, une sorte de jeu, c'est un grand jeu de piste au fond de la forêt, vous verrez, vous allez vous amuser beaucoup.

Vous aurez papa d'un côté et maman de l'autre et vous ne les apercevrez jamais plus ensemble, ils seront chacun dans une cabane, n'ayez pas peur, ce n'est pas l'histoire du Petit Poucet, papa et maman
ne vous abandonneront pas, au contraire, ils se battront pour vous avoir l'un et l'autre, ils deviendront ennemis pour vous garder.
Vous verrez, c'est une grande aventure, papa et maman voudront tout le temps vous faire plaisir,
vous aurez deux Noël et deux anniversaires, et aussi deux chambres et deux télévisions.
Vous verrez comme vous allez grandir, vous allez apprendre à faire vos sacs tout seuls, à ne pas oublier vos nounours et vos médicaments.
Vous allez devenir des aventuriers des temps modernes, toujours en mouvement, un petit balluchon sur le dos, vous allez apprendre à voyager tout seul, vous monterez dans l'autobus et vous descendrez au douzième arrêt.
Vous irez chez le coiffeur avec papa et chez le dentiste avec maman.
Vous verrez comme votre vie va se déployer, comme vos territoires vont s'ouvrir, vous aurez droit à la mer et aussi à la montagne, vous irez plus souvent au cinéma, vous mangerez plus de glaces, vous aurez deux pyjamas.
Vous allez goûter à tous les suppléments.
Vous deviendrez des champions du calendrier, vous apprendrez à compter les jours, la moitié des vacances, les semaines paires, vous deviendrez des migrants, quasiment des intermittents.
Vous serez attendus, espérés, votre retour sera une fête, vous ne connaîtrez plus la routine des parents excédés par vos bêtises, par vos problèmes d'endormissement.
Vous serez un peu comme des enfants uniques, avec votre unique parent.
Vous pourrez vous permettre presque tout, parce que vous souffrirez, vous entendrez dire que vous êtes perturbés, vous aurez de mauvaises notes à l'école et ce sera normal, vous aurez de bonnes notes, et ce sera inespéré, vous aurez des migraines, vous aurez mal au ventre et ce sera logique, quoi que vous fassiez, ce sera la faute de vos parents séparés.
On vous proposera d'aller voir un psychologue, un monsieur à qui vous pourrez parler de vos problèmes, mais
vous ne verrez pas de quels problèmes il s'agit, vous irez très bien.
Vous donnerez quelques coups de pieds dans la cour de récréation, vous vous cognerez parfois la tête contre le mur, vous ferez des dessins avec du noir et du rouge, toujours le même incendie, mais vous irez très bien. Vous serez docile avec papa et aussi avec maman, vous voudrez faire plaisir à l'un et aussi à l'autre, vous deviendrez des rois de la complaisance, vous défendrez chacun de vos parents.
Vous serez aussi des messagers, ceux par qui tout arrive,
vous répandrez le doute à cause de votre propre peur.
Vous vivrez dans la peur, vous fermerez les yeux, à la fête de l'école, quand papa s'approchera de maman, vous ne voudrez pas voir quand, sous le préau, debout face à face, ils se parleront, vous vivrez dans la peur et aussi dans l'espoir que vos parents habitent à nouveau ensemble.
Vous ressentirez quelque chose d'étrange, le soir dans votre lit,
vous ne vous endormirez pas tout de suite, parfois vous aurez des pensées compliquées,
vous imaginerez que tout cela est votre faute, ce sont les enfants qui séparent les parents.
Vous vous direz qu'il vaudrait mieux disparaître,vous attendrez de devenir plus grands.
Vous préférerez vous faire oublier, vous raserez les murs, vous serez pris dans toutes les contradictions,
vous ne voudrez pas déranger mais vous aurez peur de ne pas exister.
Vous serez pris dans cet écartèlement, cela n'ira jamais.
Vous serez en manque, vous voudrez revenir en arrière, vous aurez la nostalgie de votre petite enfance, vous pisserez au lit à nouveau.
Vous refuserez de grandir, vous tournerez cent fois la viande dans votre bouche.
Vous voudrez dormir tous les deux dans la même chambre et bientôt dans le même lit, le frère aîné et la petite soeur.
Vous ne trouverez le sommeil qu'avec la lumière, et la porte ouverte.
"

Texte de Brigitte Giraud mis en musique magnifiquement par Valérie Leulliot (ex-Autour de Lucie)

______________________________________________________________________________________

Ce texte est en quelque sorte un coup de poignard pour les enfants de divorcés comme moi.
En continu, toute les conséquences d'un divorce lambda sont énoncés de façon la plus froide possible.
Tout y est passé en revu : les parents qui compensent comme ils peuvent le manque d'affection et qui deviennent au fur et à mesure hypocrites et égoïstes, quand aux enfants ils deviennent surgatés, égoïstes, perturbés, éternels insatisfaits ou plutôt à la recherche d'un amour impossible à combler.
Sur quoi ce texte pointe là où ça (me) fait mal, c'est l'idée que l'enfant va être complètement déséquilibré parce qu'il va être obligé d'avoir deux vies en une pour pouvoir vivre normalement avec ses parents.Car ayant la peur d'envenimer leurs rapports en faisant du "favoritisme de parent", il va préférer plaire aux deux quitte à jouer un rôle et ne plus être lui-même. Et le pire c'est qu'au final des enfants comme moi ne vont plus que jouer le rôle d'intermédiaires ("vous deviendrez des rois de la complaisance, vous défendrez chacun de vos parents.
Vous serez aussi des messagers, ceux par qui tout arrive").

Tout cela je l'ai vécu assez difficilement je dois dire, pourtant c'est ce qui arrive à des millions d'enfants comme moi, un cas de plus en plus général, qui ne fait que "confirmer les statistiques".
Ce texte personnellement me fait flipper parce qu'il fait écho à mes propres peurs : est-ce que j'arriverais à être heureuse en couple? est-ce que j'arriverais à trouver quelqu'un qui m'aime jusqu'à ce que ma mort nous sépare?est-ce que je ferais subir à mes futurs enfants ce que j'ai vécu? ou alors est-ce que je ne fantasme pas finalement sur un idéal fabriqué sur des mythes conservateurs, car la lassitude et l'envie d'aller voir ailleurs sont des phénomènes tout à fait naturel?

Bien que ce texte soit brillant je dois le reconnaître, je le trouve trop pessimiste : la famille ne serait donc qu'une immense tromperie, où tout le monde est hypocrite et chacun est égoïste? Je ne suis pas d'accord.
Aprés avoir moi même détesté mes parents pour m'être servi de moi comme leur intermédiaire, je pense juste qu'au final le vrai problème sont les "parent-absents", qui divorcent parce qu'ils ont été contraint pour x raisons de fonder une famille, mais qui n'ont jamais voulu avoir d'enfants.Le divorce pour eux c'est une manière de reprendre leur liberté et de se déresponsabiliser de leurs gosses. Ce sont eux les vrais hypocrites, qui veulent être le plus loin possible de leurs enfants mais qui se prétendre proche d'eux en les couvrant de cadeaux, ou en jouant plus au "copain (ou à la copine)" plutôt qu'au rôle de "père" / "mère".

Nous sommes une génération d'enfants perdus, les garçons deviendront des Peter Pan qui ne voudront pas grandir, et les filles seront des Wendy romantiques obligés de compenser en devenant des femmes responsables et leurs mères de substitution.

Welcome to Neverland.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le vendredi 26 décembre 2008 10:54

Modifié le vendredi 26 décembre 2008 16:26

Netreville ou l'histoire d'un quartier

Netreville ou l'histoire d'un quartier
C'est l'histoire d'un quartier que l'on nommerait dans le politiquement correct de populaire.
Disons autrement de façon crue qu'ici sont entassés la racaille et les prolétaires.
C'est l'histoire d'un quartier où les jeunes s'ennuient, ils ne savent plus quoi faire.
Ce quartier amer où est placée quelque part la maison de ma mère.

C'est l'histoire d'un quartier qui s'est mis à changer lorsque je m'en suis peu à peu éloigné.
Je ne reconnais plus l'esprit de solidarité dans lequel j'étais bercée
Ne parlons même plus de la fraternité black-blanc-beur auquel je croyais.
Il n'y a plus que des commérages dans les bus pour combattre la précarité

Je vois des ados bruler leur ennui dans l'asphalte sans casque et sans permis.
Les flics patrouillent sans arrêt dans la rue, et mes voisins désormais ne se parlent plus.
Je vois ces odieuses filles du collège devenir à 20 ans des mères célibataires.
Quand aux anciens de l'école primaire, ils sont devenus des caissiers, des ouvriers, et au mieux des fonctionnaires.

Une passivité générale a pris le dessus sur toute forme de rébellion
Je vois aujourd'hui un de mes copains écoper dix huit mois de prison.
Mes voisins assez fatalistes, fument de la beuze et boivent jusqu'à en être alité.
Et je vois une de mes voisines devenir chanteuse grâce à une émission de téléréalité.

Maintenant c'est quoi le meilleur moyen ici de réussir, c'est de fuir ?
Se convaincre comme mon père qu'en restant là bas je vais moisir?
Qu'il faut mieux aller à Paris et ne plus s'attacher aux amitiés que je m'étais faîte
Plutôt que de foutre en l'air ma vie, avec un verre de trop, engrossée à l'arrière d'une banquette.

A chaque fois que je viens ici j'ai l'impression d'être une étrangère.
Comme si je me sentais plus chez moi à Paris que dans la maison de ma mère.
Cela me renvoie à un pan de ma vie que j'aimerais parfois oublier.
Des erreurs de jeunesse à jamais inscrits dans l'histoire d'un quartier.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le dimanche 22 février 2009 18:27